
Du 8 au 11 septembre 2026, Yaoundé a accueilli le 4ᵉ Congrès de l’African Primatological Society (APS 2026), organisé autour du thème : « Primatologie éthique : reconnaître le rôle des communautés et des peuples autochtones dans la conservation des primates d’Afrique ».
Pendant quatre jours, chercheurs, primatologues, organisations de conservation, praticiens et acteurs communautaires se sont réunis au Palais des Congrès de Yaoundé pour partager leurs connaissances, leurs expériences de terrain et leurs réflexions sur l’avenir de la conservation des primates africains.
Parmi les participants, sept organisations étaient réunies sous une même bannière : l’Alliance pour la Conservation des Grands Singes en Afrique Centrale (Alliance GSAC).
Sept organisations, une même voix
La participation de l’Alliance GSAC à l’APS 2026 a été particulièrement importante par son caractère collectif. Les sept organisations membres (ERuDeF, SEKAKOH, Tropical Forest and Rural Development (TF-RD), PROGRAM, ESI Congo, FODI et Mbou-Mon-Tour) étaient présentes autour d’un stand commun. Installé au sein de l’espace d’exposition, le stand de l’Alliance GSAC a permis de présenter le réseau, ses organisations membres, leurs initiatives de conservation ainsi que différents produits issus des activités de valorisation durable des ressources forestières. Cette présence a également favorisé les échanges avec les participants au congrès et permis de mieux faire connaître les approches développées par les organisations membres auprès des communautés locales.
« L’ambiance sur place a été à la hauteur de l’événement : forte affluence de chercheurs et de professionnels de la conservation, échanges continus aux stands, et une audience engagée dans les débats. » — Romida NGNIAWO, Chargée de Communication, Alliance GSAC
Six des sept membres ont également porté des communications scientifiques, pour un total de 13 interventions, couvrant différentes dimensions de la conservation des grands singes : corridors écologiques, coexistence entre conservation et activités agricoles ou pastorales, éducation environnementale, écotourisme et développement local. Derrière cette diversité de sujets, un même message revenait : la conservation des grands singes ne peut être pensée sans les communautés qui vivent à leurs côtés.

Des expériences de terrain au cœur des échanges
Le congrès s’est ouvert avec une keynote du Dr Manfred Epanda, représentant Tropical Forest and Rural Development (TF-RD), consacrée aux enseignements du dialogue communautaire pour une conservation éthique au Cameroun. À travers les expériences menées notamment autour du Dja et de Campo Ma’an, son intervention a souligné l’importance du respect, de l’écoute et du dialogue avec les populations locales dans la construction de partenariats durables autour de la conservation.
De son côté, PROGRAM, organisation membre basée au Gabon, a présenté son expérience de conservation intégrée dans le paysage de Moukalaba-Doudou, notamment l’évolution du métier de pisteur vers une implication communautaire plus large dans la conservation. Cette expérience, construite sur deux décennies, illustre l’évolution progressive du rôle des acteurs locaux dans la protection des grands singes.
Les autres membres de l’Alliance GSAC ont également porté à l’APS des expériences issues de leurs différents territoires d’intervention.
ERuDeF a présenté son approche de co-conception et de conservation des corridors écologiques, notamment dans le paysage Deng Deng–Dja, en mettant l’accent sur l’implication des communautés dans la connectivité des habitats des grands singes.
Mbou-Mon-Tour (MMT) a partagé son expérience de conservation communautaire des bonobos associée à l’écotourisme à Bolobo, montrant comment la valorisation du patrimoine naturel et l’implication des communautés peuvent contribuer conjointement à la protection des bonobos.
SEKAKOH a présenté une approche visant à mieux concilier agriculture, élevage et conservation des chimpanzés dans le paysage de Mpem et Djim, notamment à travers la médiation et des initiatives mobilisant les communautés.
ESI Congo, pour sa part, a présenté ses travaux sur les impacts des activités extractives dans le bloc forestier de Ntombo, dans le contexte du processus de création d’une aire protégée.
Enfin, TF-RD a également mis en avant le rôle de l’éducation environnementale comme levier de protection des gorilles autour du Dja, rappelant que la conservation passe aussi par la sensibilisation et l’évolution des comportements.
Ainsi, de la protection des bonobos à Bolobo aux corridors du Dja, en passant par les enjeux liés aux activités extractives à Ntombo, l’éducation environnementale et les expériences de conservation communautaire à Moukalaba-Doudou, les contributions des membres ont illustré la diversité des réalités rencontrées sur le terrain et la complémentarité des approches développées au sein de l’Alliance GSAC.
Elles ont surtout fait ressortir une conviction commune : les solutions de conservation doivent être construites à partir des réalités locales et avec les personnes directement concernées.
Comme le résume Roméo Fopa, Assistant Technique de l’Alliance GSAC : « On passe progressivement d’une conservation communautaire où l’on demande aux communautés de participer à des projets, vers une conservation où les acteurs locaux doivent avoir davantage de pouvoir dans la conception, la décision, la mise en œuvre et l’évaluation des actions de conservation. »

Une table ronde pour confronter les expériences
Au-delà des communications individuelles, l’Alliance GSAC a également animé, le 11 septembre, une table ronde consacrée à plus de trois décennies de conservation communautaire des grands singes en Afrique centrale. Cette session a constitué l’un des temps forts de la participation du réseau.
Pour Roméo Fopa, l’objectif n’était pas de présenter uniquement des « success stories », mais de mettre en dialogue les résultats de l’étude socio-écologique de l’Alliance, l’expérience de terrain des organisations membres et la parole des bénéficiaires de leurs programmes.
Plusieurs questions essentielles ont ainsi été mises sur la table :
- Comment construire une véritable relation de confiance avec les communautés ?
- Comment passer d’une simple participation à un véritable pouvoir de décision local ?
- Comment gérer la coexistence lorsque les communautés supportent directement les coûts liés à la présence des grands singes ?
Les échanges ont également permis de questionner certaines approches traditionnelles de la conservation.
L’un des enseignements importants issus de l’étude de l’Alliance est notamment que l’amélioration des moyens de subsistance ne suffit pas, à elle seule, à réduire la pression exercée sur les ressources naturelles.
Il est nécessaire de comprendre, territoire par territoire, les facteurs qui alimentent cette pression et d’adapter les interventions économiques aux réalités locales, plutôt que d’appliquer un modèle unique. Les réalités du Cameroun, de la République démocratique du Congo, de la République du Congo et du Gabon sont différentes. Les réponses doivent donc l’être également.

Une participation qui ouvre de nouvelles perspectives
La participation de l’Alliance GSAC à l’APS 2026 aura ainsi permis de valoriser les expériences de ses organisations membres, de renforcer les échanges avec la communauté scientifique et les acteurs de la conservation, mais aussi de porter une voix collective en faveur d’une conservation plus inclusive. Elle rappelle surtout que derrière les inventaires, les études scientifiques, les dispositifs de protection et les stratégies de conservation, il y a des territoires, des communautés et des femmes et des hommes qui vivent quotidiennement au contact de la biodiversité.
Pour l’Alliance GSAC, la prochaine étape est de continuer à transformer les connaissances et les expériences accumulées en actions concrètes, tout en renforçant la place des communautés dans les décisions qui concernent leur environnement et leur avenir.
À l’APS 2026, l’Alliance GSAC n’a donc pas seulement présenté des travaux. Elle a porté une vision : celle d’une conservation des grands singes construite avec les territoires et avec celles et ceux qui les habitent.
