Alliance pour la Conservation des Grands Singes en Afrique Centrale

Inventaire des grands singes et des éléphants de forêt dans la zone de projet de la future aire protégée de Ntombo

  1. Introduction

Le Congo-Brazzaville abrite d’importantes aires protégées essentielles pour la conservation de la biodiversité et des écosystèmes. La forêt du Mayombe, bien que riche en biodiversité, subit une dégradation croissante due aux activités humaines. La concession forestière de Ntombo, située dans un paysage prioritaire pour la conservation, est menacée par la déforestation et le braconnage. Afin de mieux protéger cette zone, le gouvernement congolais a initié un processus de classement en aire protégée. Cette étude vise à fournir des données de base sur les populations de grands singes et d’éléphants de forêt, nécessaires pour orienter les stratégies de conservation.

  1. Matériel et méthodes

2.1 Zone d’étude

L’étude a été menée par l’équipe d’ESI Congo (membre de l’Alliance GSAC) dans la concession forestière de Ntombo (4°40’0 » et 4°0’0 » de latitude Sud et entre 11°50’0 » et 12°15’0 » de longitude Est), située dans le district de Kakamoeka, département du Kouilou, au sud-ouest du Congo-Brazzaville. La zone est caractérisée par une forêt dense et dégradée, ainsi que des zones marécageuses. Le climat est équatorial de transition, avec deux saisons des pluies et deux saisons sèches. Contrairement à la concession de Ntombo qui a une superficie de 93 300 hectares, notre étude a été focalisée sur les 59 450 hectares représentant la superficie proposée de la future aire protégée de Ntombo

2.2 Méthodes d’inventaire

Des inventaires ont été réalisés entre décembre 2022 et mai 2023, La méthodologique utilisée est celle de transects linéaires avec les marches de reconnaissances (Hall et al., 1998 ; Walsh & White, 1999 ; Walsh et al., 2000).  La longueur des transects linéaires était portée à 1km séparé de marche de reconnaissance de 4 km. La densité des grands singes a été estimée par le comptage de nids, et celle des éléphants par le comptage de crottes en utilisant Distance 7.5. Les indices d’activités humaines ont également été relevés.

Sur quarante- deux (42) kilomètres de transect préétablis, seul 30,200 Km ont été parcourus. De nombreux marécages, montagnes et rochers ont empêché la réalisation totale des transects.  Pendant cet inventaire, 02 équipes étaient opérationnelles sous la responsabilité technique de la direction du projet.

Tableau I : Effort de transects de l’étude

Strate Nombre de km de transects préétablis Nombre de km réalisé Effort réalisé(%)
Concession de Ntombo 42 30,200 72
Plan d’échantillonnage

2.3 Analyse des données

Les données ont été analysées à l’aide du logiciel Distance 7.5 pour estimer la densité des populations.

  1. Résultats

3.1 Densité des populations

La densité de chimpanzés a été estimée à 0,71 individus/km² (IC 95% : 0,45 – 1,17). L’abondance totale de chimpanzés dans la zone d’étude est estimée à environ 420 individus sevrés. Seuls 5 nids de gorilles ont été observés lors des marches de reconnaissance, et aucun indice d’éléphant n’a été relevé, ce qui nous a empêché de calculer leur densité.

Tableau II : Estimation de la densité et abondance des chimpanzés

/ Estimation %CV Degré de liberté 95 % IC
Densité 0,70600 22,94 39,63 [0,44663-1,1160]
Nombre 420,00 22,94 39,63 [266,00-664,00]

3.2 Indices d’activités humaines

Un total de 434 indices d’activités humaines a été relevés, dont 354 liés à la chasse (douilles de cartouches, pièges, coupes de machettes, pistes de chasse).

Taux de rencontre des signes des activités humaines liés à la chasse

3.3 Cartographie des zones de concentration

Des cartes de distribution des chimpanzés ont été élaborées, montrant une concentration au nord et à l’ouest de la zone d’étude. L’absence de données suffisantes n’a pas permis de cartographier les zones de concentration des gorilles et des éléphants.

Zone de concentration des espèces ciblées
  1. Discussion

La densité de chimpanzés observée à Ntombo est comparable, voire supérieure, à celle d’autres zones protégées de la région, des études antérieures menées dans les UFE Pikounda et UFA Pokola ont révélé des densités similaires (Poulsen & Connie, 2005). Cependant, la faible présence de gorilles et l’absence d’éléphants soulignent la vulnérabilité de ces espèces face à la pression anthropique. La forte pression de chasse, comme en témoigne le nombre élevé d’indices relevés, constitue une menace majeure pour la faune de Ntombo. La fragmentation de l’habitat due à l’exploitation forestière et agricole contribue également à la diminution des populations.

  1. Conclusion

Cette étude révèle l’importance de la forêt de Ntombo pour la conservation des chimpanzés, mais aussi la nécessité urgente de protéger cette zone contre les activités humaines. Le classement de Ntombo en aire protégée représente une opportunité importante pour assurer la conservation à long terme de la biodiversité du Mayombe. Des mesures de gestion efficaces, combinant la lutte contre le braconnage, la restauration de l’habitat et l’implication des communautés locales, sont indispensables pour garantir la survie des grands singes et des éléphants de forêt dans cette région.

Equipe d'ESI Congo en pistage dans la forêt

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