Interview d'Osiris DOUMBE, fondateur de l'ONG SEKAKOH

Interview d'Osiris DOUMBE, fondateur de l'ONG SEKAKOH

Interview d'Osiris DOUMBE, fondateur de l'ONG SEKAKOH

Osiris, vous êtes le fondateur de l’ONG SEKAKOH basée au Cameroun. Dites-nous, SEKAKOH, ça veut dire quoi ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette ONG ? 

Sekakoh signifie « Souvenez-vous en » en Balikumbat, l’une des nombreuses langues de la Région du Nord-Ouest du Cameroun d’où est originaire Denis, le co-fondateur de l’ONG. Notre logo est un rhinocéros noir (Diceros bicornis), peint en blanc (la couleur du deuil) car cette espèce a été officiellement reconnue éteinte au Cameroun au début des années 2000s. Non seulement ce fut une perte nationale, mais également un désastre écologique global car les rhinocéros du Cameroun étaient les derniers survivants de la sous-espèce de rhinocéros d’Afrique de l’Ouest (Diceros bicornis longipes). En utilisant cet animal comme logo, nous espérons que cette espèce soit la dernière de notre pays à disparaitre. Tout du moins, nous ferons notre maximum pour que ce soit le cas.

Sekakoh est la suite directe du Projet Ellioti, un projet indépendant que j’avais créé à la fin de mon Master en Biologie, Comportement et Conservation des Primates, dans la Région du Nord-Ouest du Cameroun. Cette région fait partie intégrante du point chaud de biodiversité du Golfe de Biafra (Ouest-Cameroun, Est-Nigeria et Bioko), mais avait été jusqu’ici très largement négligée du point de vue primatologique. J’avais donc décidé d’étudier la distribution des chimpanzés d’Elliot (Pan troglodytes ellioti) et la diversité des petits singes dans les derniers refuges forestiers de cette région montagneuse. En parallèle de cette étude, je sensibilisais les populations à la protection de l’environnement en distribuant dans les villages que je parcourais, des copies d’un livre que j’avais écrit et illustré. Ce livre, focalisé exclusivement sur le paysage du Nord-Ouest, permettait aux riverains des derniers habitats naturels de la région de s’intéresser et de comprendre la problématique de la conservation du milieu naturel. La création de Sekakoh m’a permis de poursuivre ces activités dans la région, et plus particulièrement dans la Réserve Forestière de Kom-Wum, le site le plus riche du Nord-Ouest en terme de biodiversité de primates avec 6 espèces de petits singes et la présence de deux groupes de chimpanzés.

SEKAKOH est désormais nouveau membre de l’Alliance GSAC, suite à l’Assemblée Générale tenue en République du Congo en Novembre 2019. Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre cette alliance ? Quelle a été votre motivation ? 

Je connais personnellement des membres de l’alliance depuis déjà plusieurs années. Dès que cette structure m’a été décrite, j’ai été intéressé par son format inédit en Afrique Centrale. Une association fondée sur la passion pour la protection des grands singes, par et avec des sociétés civiles des pays du Bassin du Congo, c’est une réelle innovation ! Lorsque la possibilité de faire entrer Sekakoh au sein de l’Alliance GSAC s’est présentée, j’en ai directement informé le Coordinateur, Denis, qui s’est montré très intéressé par cette approche sous régionale. Le fait que tous ces membres partagent un but commun alliant protection des grands singes et développement des communautés riveraines, et qu’ils travaillent dans un paysage régional avec des problématiques qui parlent à tous, permet un partage de connaissances et des possibilités de collaborations que nous à Sekakoh trouvons très enthousiasmant et enrichissant.

Quels sont, selon vous, les principaux défis pour une organisation de la société civile d’Afrique centrale travaillant sur des questions de protection de la biodiversité dans la région, et plus particulièrement sur la conservation des grands singes ? 

Le principal défi je dirais est celui du financement. En effet, même si les membres d’une ONG sont prêts à travailler volontairement, chaque activité, si petite, si simple soit-elle, a un coût. Sécuriser des financements sur la durée est le principal challenge de la société civile d’Afrique centrale, que l’ONG soit spécialisée dans la préservation de la biodiversité ou non d’ailleurs. En ce qui concerne la conservation de la faune et de la flore, et plus précisément celle des bonobos, chimpanzés et gorilles, les ONGs souffrent grandement du rapport des populations (locales ou régionales) avec leur environnement. En effet, nous travaillons dans l’une des régions du monde qui dépendent le plus de la viande de brousse, que ce soit pour la consommation ou le commerce, et les grands singes sont malheureusement sur les menus. Ainsi, maintenant que la plupart des traditions culturelles ont perdu leurs tabous, la viande de grands singes est devenue un met de choix, un symbole d’une certaine classe sociale dans les grandes villes d’Afrique centrale, ce qui alimente un commerce régional majeur et très destructeur.

Il n’est pas chose aisée de communiquer les valeurs de préservation de la faune auprès de populations qui voient les gorilles, les chimpanzés et même les écureuils comme de simples gibiers. Mais cela n’est pas impossible et le travail de Sekakoh notamment dans la Région du Nord-Ouest du Cameroun et celle du Littoral, ont montré des signes positifs de changements de comportement vis-à-vis de la faune environnante.

En ce qui concerne la problématique de ravages dans les plantations, nous savons que les chimpanzés font partie des espèces qui font des raids occasionnels dans les fermes villageoises. Il est vrai que ce comportement destructeur des grands singes (qui est simplement une conséquence de l’appauvrissement de leur environnement par l’Homme) est un frein à leur protection, mais d’une manière générale, ce ne sont pas les espèces les plus destructrices (de loin).

Quel est votre plus beau souvenir/anecdote dans le cadre des actions menées par SEKAKOH ?

C’est difficile car il y en a plusieurs et plus les années passent, plus le nombre de belles anecdotes et de bons souvenirs augmente. Cependant, je dirais que l’un des plus beaux moments a été celui de notre atelier de restitution des données auprès des populations des villages de la Région du Littoral du Cameroun, fin 2019.

Nous avions effectué quelques mois auparavant une étude sur la chasse dans la région afin d’avoir une meilleure idée des espèces chassées, des avis des chasseurs sur l’abondance de la faune au fil des années, etc. Notre atelier se déroulait dans un petit village où des habitants de plusieurs hameaux s’étaient rassemblés pour nous écouter. Alors que nos premiers travaux dans ce village début 2019 avaient été ternis d’une certaine méfiance des villageois à cause de leur méconnaissance du travail de la société civile (le chef traditionnel était persuadé que nous étions une association de façade et que nous voulions couper des arbres de leur forêt), cet atelier a été superbement reçu par les populations. En complément de la restitution des données, nous avons également parlé de chasse durable et des espèces à ne pas chasser (dont le chimpanzé) et nous sentions l’audience très réceptive.

Aux termes de cette présentation, plusieurs villageois ont pris la parole à la fois pour nous poser des questions et pour nous féliciter, après quoi nous avons distribué des livrets sur la chasse durable. Cette activité nous a apporté beaucoup d’espoir quant à la volonté des populations à travailler avec nous pour permettre une utilisation durable des ressources naturelles tout en protégeant les chimpanzés.

Votre singe préféré ? Pourquoi ? 

C’est une question difficile car chaque espèce a sa particularité. J’aime beaucoup les couleurs du mandrill, la présence du drill et la curiosité du singe de Preuss. Mais il est vrai que la ressemblance flagrante du chimpanzé avec l’Homme, tant par son aspect que par son comportement et ses différentes cultures, en fait un primate particulièrement intéressant. Je ne dirai pas que c’est mon singe préfère de peur de froisser les gorilles que j’aime tant, mais le chimpanzé est certainement un animal que je porte haut dans mon cœur. Je lui dois bien cela après toutes ces années à travailler avec Pan troglodytes ellioti.

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